En quête de la non-dualité

Le parcours de Jean-Marc Pronesti

10 années, c’est ce que le soi-disant chercheur spirituel aura apparemment sacrifié pour la non-dualité. Je ne suis ni érudit ni religieux, plutôt un enfant des cités ayant soif de ce qu’il a toujours été (la bonne blague).

Assez rapidement au travers de lectures j’en déduisais que l’ego, le mental, le moi était l’ennemi à abattre et que derrière se trouvait la liberté, la félicité.

Et puis voilà, la surprise, pour personne, complètement différente de tout ce qui a pu être imaginé bien évidemment. Pourquoi une surprise? Parce qu’une forme de logique amènera ce que les rêves de bien-être et de grâce ne pourrons jamais créer.

C’est d’ailleurs un des fondements de cette découverte: le mécanisme mental ne pourra jamais attraper la réalité de ce qui est sous notre nez a chaque instant. Oui tout est déjà présent sans qu’il y ait besoin « d’être » présent à cette présence comme cela est généralement interprété par le mental.

Pourtant ce mécanisme du mental, de l’ego ou du moi semblait empêcher la vision claire d’une réalité logique et évidente: Le  »je suis, je veux, je fais » ne pourra jamais être présent à sa propre mort.

Évident pensez vous?

Laissez l’observation se faire… N’y a-t-il pas cette envie de savoir, de voir, de vivre la mort de l’ego et de jouir de la paix qui en résulterait?

Bizarre…l’envie et la jouissance de qui puisqu’une fois  »éveillé » à sa propre inexistence il n’y aurait donc personne pour le voir et le vivre non?

Cette envie mentale d’exister et de savoir coûte que coûte paraissait être l’obstacle, le problème à résoudre.

Y avait-il une possibilité réelle de contrôler ou d’éradiquer cette envie  »mécanique »? Ce que je croyais être « moi » a inlassablement essayé de rationaliser cette envie pendant 10 ans .

Deux constatations sont apparues:

  • 1/ Le mental voulait être présent à sa propre mort et il était impossible de stopper ou d’éliminer ce réflexe.

  • 2/ Observer cette pensée intrusive automatique ainsi que le fait de comprendre que cela est impossible n’y a rien changé. Pas de lumière descendant sur moi, de clarté d’esprit, de cadeau divin.

    Le mental comme à son habitude s’était bien foutu de ma gueule.

    Puis d’autres écrits et paroles se sont présentés amenant un autre angle de vision.

    Après observation, chaque pensée ou jugement fait apparaître un  »je » qui serait au contrôle et responsable de ces pensées, un  »je » qui possède. Il y aurait donc collé au bout de chaque pensée, sentiment ou ressenti l’affirmation  »moi,mien ». Par exemple: La colère = MA colère, la joie = MA joie, MON inquiétude, MON corps, MA vie etc.

    Étrange non? Si je pense à un verre de bière ceci serait donc MON verre de bière? Pas simple pour se désaltérer réellement…

    D’une façon globale la pensée serait donc ma pensée.

    Pourtant j’avais fait une découverte qui me semblait importante il y a bien longtemps, une découverte qui sur le moment n’avait amené aucune clarté particulière et qui allait cette fois-ci devenir utile. A l’époque en voyage a Madagascar je me prélassais seul sur une plage déserte puis il y eu cette pensée :  »J’aurai tous ces problèmes administratifs ou autre à régler à mon retour en France…  »

    Bien après les faits il y eu cette réflexion :

    Cette pensée était-elle nécessaire à cet instant sur une plage magnifique à l’autre bout du monde?

    Si cette pensée était MA pensée avais-je la possibilité d’empêcher son apparition?

    Si j’ai le contrôle de Moi-même puis-je éteindre le flux des pensées comme on éteindrait la radio et profiter du paysage?

    Non, non et non.

    Ces affirmations de possession et de contrôle ne sont que du baratin.

    Vérifiez par vous même! Allez-y!

    Dans ce cas est-ce vraiment MA pensée?  »Je suis nul » est-elle MA constatation qui reflète MON existence?

    Pourtant ce MOI est ce sur quoi cette existence serait basée selon MES certitudes.

    J’arrête avec ça mais honnêtement est-ce vraiment cohérent?

    En fait  »je » n’apparaît que dans le mental sans contrôle ni invitation et est aussi tangible et solide que le verre de bière cité plus haut.

    Plus encore, il y aurait systématiquement l’idée très habile d’être et d’avoir toujours été là . Là encore cela est plus que douteux. Prenons l’exemple d’une conversation entre amis incluant les émotions et les réactions apparaissant d’elle-même à la vitesse de l’éclair. Pendant l’action il est peu probable que la pensée  »je suis entrain de discuter et j’aime/n’aime pas cela » soit présente. Ce n’est qu’après les faits que la mémoire de cet événement viendra y placer au centre un  »moi » ainsi que ses jugements et ressentis ou doutes éventuels etc.

    Il n’y a pas de  »moi » au moment de l’action, il n’y a que l’action en cours.

    Mémoire et pensées ne sont qu’une même chose, des flashs inattendus et aléatoires. Ceux qui prétendent avoir le contrôle de leurs pensées restent pour moi un mystère. L’affirmation  » J’ai confiance, je vais y arriver » ne prouve-t-elle pas qu’au départ il y avait le doute d’un échec éventuel qui trottait dans la tête ?

    Advaita signifie non-deux, ne pas confondre avec le raccourci  »tout est un » . C’est la négation du deux. Nous ne constatons pas facilement le jeu qui se joue quotidiennement à l’intérieur pour la plupart d’entre nous. Par exemple l’affirmation commune  » j’ai confiance en moi » est en fait pleine de paradoxe : Il y aurait donc un  »je-moi » qui par magie se placerait hors de lui, se regarderait et dirait  » j’ai confiance en ce type ». Combien de moi y a t’il ? J’existerais donc en plusieurs exemplaires ? Cette croyance semble commune a tous et internationale apparemment.

    Pourquoi ce jeu mental du  »j’ai peur/je n’ai pas peur ou bien winer/looser » a-t-il lieu? Tout simplement parce que le mental ne peut et ne pourra jamais se saisir et diriger la réalité des événements . Il est donc impuissant dans son désir de vivre une vie parfaite, sans défaut dans un bonheur sans faille. Impuissant à créer la prochaine rencontre avec ce visage-là, ces caractéristiques-là et la durée de bonheur qui lui conviendrait.

    La vie étant impermanente et en mouvement constant les demandes de bonheur permanent du mental sont vouées à la frustration tôt ou tard. La pensée et donc le  »moi » qui s’y trouve aussi n’en conclura certainement pas qu’il est inutile et qu’il ferait mieux de la boucler. Comme le tigre dans sa cage il fait des va-et-vient, une fois qu’il se trouve face aux barreaux il n’a d’autres choix que de faire demi tour et de trotter jusqu’aux barreaux opposés et ainsi de suite. Après l’été il y aura l’automne hé oui… Pour l’ego cela donne  » je vais y arriver » puis,  » je savais que ça se terminerait ainsi » ou bien  »c’est de la faute de l’autre, des circonstances » ou ‘j’y arriverai la prochaine fois »,  » la vie est une lutte… »  »allez courage… » blablabla etc.

    L’ego est incapable de voir son incapacité à créer et dominer la vie. Comment le pourrait il? Le rêveur est aussi le rêvé et il n’y a pas d’échappatoire! En fait il n’y a rien à changer à tout ce mécanisme car celui qui médite (et non pas la méditation en elle-même), celui qui recherche une sortie, un éveil, reste le tigre dans sa cage qui s’invente la capacité de pouvoir tordre les événements à son avantage, un jour…demain… tu m’étonnes…sans blague?

    Une vision claire de tout cela, voilà la définition du lâcher prise et certainement pas le lâcher prise de quelqu’un.

Résumons:

Le  »je » ne se trouve que dans la pensée, la mémoire, le rêve et nulle part ailleurs.

Le  »je » faisant ou ayant fait ceci ou cela n’est qu’une imposture.

Le »je » qui cherche à vivre un éveil finira frustré devant les limites de sa cage ou de sa bulle

puis fera demi-tour ad vitam…

Le mécanisme de la pensée et du  »je » se présente de lui-même sans choix et n’est pas

contrôlable, manipulable ou à éradiquer. Il n’est tout simplement pas réel en tant qu’entité

qui vivrait cette vie. Ce n’est que du rêve point.

Il n’y a que ce qui est là sous nos yeux, saisons, revers, changements, relations, joies et

peines qui n’appartiennent à personne.

Il n’y a pas de moi dans la vie, il n’y a que ce qui est, toujours présent, n’ayant ni début ni fin.

La pensée, le rêve est dans cette vie, la vie n’est pas et ne sera jamais dans la pensée.

Croire en un  »je-moi » n’amènera que de la peur et de la frustration.

La non-dualité seule n’a pas besoin de maître, s’il n’y a pas de  »je » qui se targuerait d’en être

maître? La maîtrise existe bien sûr pour ceux qui pratique un yoga ou une technique

pendant des années mais pour l’introspection il n’y a besoin ni de méthode ni de personne.

C’est une démarche intime alors surtout ne me crois pas sur parole et observe bien!

Jean Marc Pronesti