Thich Nhat Hanh

Thich Nhat Hanh

La langue française possède le mot « compréhension », qui signifie savoir, connaître, saisir. « Com » veut dire être un, être ensemble, et « prendre » signifie saisir, attraper. Comprendre quelque chose veut dire prendre quelque chose et être un avec cette chose. Les indiens ont un exemple remarquable. Si un grain de sel veut mesurer la teneur en sel de l’océan, avoir une perception de la salinité, il doit se plonger dans l’océan et faire un avec la mer. Le sujet « sel » et l’objet « mer » devenant un seul être, la perception est alors parfaite. L’expression française « se mettre dans la peau de l’autre » en est une bonne illustration.

 

Les physiciens modernes pensent que le mot « observateur » est périmé, parce que l’observateur est distinct de l’objet observé. Ils ont découvert que l’on ne pouvait aller très loin dans la physique nucléaire subatomique en maintenant ce genre de distinction. Aussi ont-ils proposé le mot « participant ». Vous n’êtes pas un observateur, vous êtes un participant. C’est ainsi que je le ressens toujours quand je fais une conférence. Je ne veux pas que l’audience soit à l’extérieur et se contente d’observer ou d’écouter ; je veux qu’elle fasse un avec moi, qu’elle pratique et respire. Celui qui parle et ceux qui écoutent doivent devenir un pour que la perception juste soit possible. La non-dualité signifie « pas deux », mais « pas deux » veut dire aussi « pas un ». Voilà pourquoi nous disons « non duel » plutôt que « un » ; parce que s’il y a un , il y aussi deux ; et si l’on veut éviter le « deux », il faut aussi éviter le « un ».
Dans le Satipatthana Sutta, le texte de base sur la méditation enseignée par le Bouddha, il est dit : « Le pratiquant doit contempler le corps dans le corps, les sensations dans les sensations, l’esprit dans l’esprit, les objets de l’esprit dans les objets de l’esprit. » Les mots sont clairs, la répétition « corps dans le corps », n’est pas simplement exprimée pour en souligner l’importance. Contempler le corps dans le corps signifie que l’on ne regarde pas de l’extérieur pour le contempler, mais que l’on doit être uni avec lui, sans distinction entre celui qui contemple et ce qui est contemplé. Cela veut dire qu’il ne faut pas regarder notre corps comme l’objet de notre contemplation, il faut être un avec lui ; le message est clair. La non-dualité est un mot clé pour la méditation bouddhiste.

 

 

 

S’asseoir n’est pas suffisant, nous devons ÊTRE en même temps. Être quoi? Être c’est être quelque chose. Vous ne pouvez pas « être rien ». Pour manger, vous devez manger quelque chose, vous ne pouvez pas « manger rien ». Être conscient, c’est être conscient de quelque chose. Être en colère, c’est être en colère contre quelque chose. Donc, être, c’est être quelque chose, et ce quelque chose, c’est CE QUI SE PASSE MAINTENANT ; dans votre corps, dans votre esprit, dans vos sensations et dans le monde.
En méditation assise, vous êtes assis et vous êtes. Vous êtes quoi? Vous êtes la respiration. Pas seulement celui qui respire, vous ÊTES la respiration et le sourire.  (…)
Si j’éprouve un sentiment de colère, comment puis-je méditer sur lui? Comment m’en occuper en tant que bouddhiste, ou en tant qu’être intelligent? Je ne considère pas la colère comme m’étant étrangère, comme quelque chose qu’il faut extirper par une opération chirurgicale. Je sais que la colère est moi-même et que je suis colère. Non-dualité, pas deux. Je dois traiter ma colère avec soin, amour tendresse et non-violence. Je dois m’occuper de ma colère comme si je m’occupais de mon petit frère ou de ma petite soeur, avec soin et amour, car je suis moi-même la colère, je suis en elle, je suis elle. Dans le bouddhisme, on ne considère pas la colère, la haine, la cupidité comme des ennemis à combattre, à détruire ou à annihiler. Si vous annihilez la colère, vous vous annihilez vous-même. Traiter la colère de cette façon serait vous transformer en champ de bataille, vous couper en deux, un côté avec le Bouddha, l’autre avec Mara. Si vous vous débattez de cette façon, vous vous faites violence. Si vous n’avez pas de compassion pour vous-même, vous ne pouvez pas en avoir pour les autres. Quand la colère monte en vous, vous devez vous en rendre compte : « je suis en colère, la colère est en moi, je suis colère. » Ceci est la première chose à faire.