Ontologie (Christian L.)

ontologies (christian L.)

Les grandes spiritualités et philosophies, à partir de leurs ontologies (explicites ou implicites)

L’ontologie est l’étude de l’être. De même que les mamelles sont communes à tous les mammifères, de même que la vie organique est commune à tous les animaux et végétaux et donne la biologie, l’être est ce qui commun à tous les corps ou tous les esprits ou idées en tant qu’ils ont une forme ou une autre d’existence, ce qui donne l’ontologie.

Le tableau suivant se propose de donner une vue d’ensemble des ontologies possibles en les déduisant à partir de deux principes : ce qu’il y au départ (colonne de gauche), ce vers quoi cela tend (colonne du haut). Il ne s’agit que d’un outil pour appréhender plus clairement les différentes philosophies ou spiritualités. Les références qui sont proposées ne le sont qu’à titre indicatif, il faudrait une étude approfondie des différents courants d’une doctrine donnée pour pouvoir réellement se prononcer.

Le terme de « nihilisme » pour la dernière ligne peut paraître inadéquat dans la mesure ou une sagesse comme le bouddhisme ne confond pas néant absolu et « vacuité » conçue comme absence d’essence déterminée, substantielle. Mais pour désigner l’idée d’absence de principe substantiel, il était difficile de trouver mieux. D’autant que dans son usage, le terme de nihilisme reste assez flou. Chez Nietzsche, par exemple, le nihilisme est le fait de nier que l’existence ait un sens, non la négation totale de toute existence.

 

 

   
Pluralisant Dualisant Unifiant Dissolvant
Pluralisme
L’être est multiple
Il existe éternellement une multiplicité (infinie ou limitée) de substances.
Ces substances ne forment jamais d’unité réelle, leur unification ou leur annéantissement ne sont qu’apparence.
Cf. Atomisme, Démocrite, Epicure, Vaishesika primitif
Il existe d’abord une multiplicité de substances qui deviennent deux substances principales, puis se remultiplient sur cette base.
Cf. : Matérialisme dialectique de Marx (?), Samkhya
Il existe d’abord une multiplicité de substances qui s’unissent avec le temps et forment des substances plus grandes, voire une seule substance à la fin des temps.
Cf. : ?
Il existe d’abord une multiplicité de substances qui finiront toutes par s’entredétruire (quelles que soient les tentatives d’unification intermédiaires), de sorte tout finira dans le néant.
Cf. : Chârvâka, théorie de l’entropie
Dualisme
L’être se ramène à deux grands principes
Deux principes éternels coexistent et de leur interaction naît la multiplicité des êtres.
Cf. : Jaïnisme, Platon (Timée).
Deux substances éternelles existent et leur unification ou leur démultiplication n’est qu’apparence ou illusion.
Cf. : certains gnostiques.
Deux substances existent au départ, elles peuvent produire une multiplicité d’êtres entre temps, mais elles finissent par s’unir en une seule, soit par accomodement, soit parce qu’une finit par détruire l’autre.
Cf. : zoroastrisme, manichéisme, catharisme, Patanjali (yoga).
Deux substances existent au départ, elles peuvent produire une multiplicité d’êtres entre temps, mais leur combat les mène à la destruction mutuelle finale.
Cf. : Empédocle ?
Monisme
L’être est unique
Une seule substance existe au départ, puis elle produit une multiplicité de substances réelles hors d’elle-même qui tendent à la réunification en une seule substance.
Réf. : Christiannisme, St Thomas d’Aquin, Leibniz, Hegel
Une seule substance existe au départ , puis elle crée une seconde substance ou se divise en deux grands principes distincts qui ensuite ordonnent éventuellement une nouvelle série d’êtres particuliers (pour revenir éventuellement à l’unité plus tard).
Cf. : Plotin, Certaines formes de christiannisme, Descartes.
Une seule substance existe et toute démultiplication ou division n’est qu’aspect ou expression de cette unique substance éternelle (monisme englobant) ou bien n’est qu’illusion (monisme exclusif).
Cf. : Shankara, Ramanuja, Paménide, Spinoza.
Une seule substance existe au départ, puis elle se divise et/ou se démultiplie pour se dégrader finalement en néant total.
Cf. : Schopenhauer, Nietzche.
Nihilisme
L’être n’est pas
De l’absence absolue d’essence naissent une multiplicité d’êtres partiellement réels.
Cf. : bouddhisme classique, Nagarjuna
De l’absence de substance déterminée naissent deux principes produisant tous les êtres et auquel tous tendent.
Cf. : taoisme confucianiste (yi king)
Du néant, naît l’Un, avec éventuellement entre temps le multiple.
Cf. : Teilhard de Chardin
De l’absence de substance autonome, rien ne sort réellement, tout n’est qu’illusion.
Cf. : Bouddhisme Dzogchen.