Ibn El Arabi

Ibn El arabi

XXX
  • C’est Son Être même qui Le voile… Il S’est envoyé Lui-même, par Lui-même, de Lui-même à Lui-même; il n’y a pas d’intermédiaire ou de cause seconde qui serait autre que Lui…
le Sans-commencement, le Sans-fin
  • La connaissance d’Allah n’exige ni extinction de l’être, ni extinction de cette extinction, car les choses n’ont pas d’être et ce qui n’a pas d’être ne peut donc s’éteindre…
  • Tu es aussi dépourvu d’existence maintenant que tu l’étais avant la création, car ce  » maintenant  » est le Sans-commencement, le Sans-fin, l’Éternité… Il n’y a de soi que le Soi, il n’y d’être que Son être.
Tu es toi-même le but de ta quête
  • Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n’es pas  » autre qu’Allah! « …Autrement dit :  » Connais-toi toi-même  » ou  » Connais ton être  » signifie  » sache que tu n’es pas  » Toi  » alors que tu l’ignorais.
Que les créatures existent ou pas revient exactement au même
  • Lorsque survient la gnose (la connaissance du cœur) tu sais que c’est en réalité par Allah que tu connais Allah, et non par toi-même… Car connaîtrait-on ce qui est au moyen de ce qui n’est pas?
  • Le connaisseur c’est Lui et le connu est Lui, celui qui voit est Lui et ce qui est vu est Lui; celui qui arrive est Lui et ce à quoi cela arrive est Lui.
  • La Connaissance que le gnostique a de soi n’est rien d’autre que la Connaissance qu’Allah a de Soi, le soi du gnostique n’étant pas autre que Lui.
  • Sache en résumé que celui qui voit et ce qui est vu, celui qui trouve et ce qui est trouvé, celui qui sait et ce qui est su, celui qui perçoit et ce qui est perçu, ne sont qu’un.

    (Épître sur l’Unicité Absolue)
La gouverne du monde par le monde
  • Pour ce qui est de la sagesse impliquée dans le fait que Moïse a été mis dans une arche et abandonné au Nil, nous dirons que l’arche (at-tâbût) correspond à son réceptacle humain (an-nâsût) et le Nil à la connaissance qu’il dut assimiler par l’entremise de ce corps, c’est-à-dire par le moyen de la pensée et des facultés de sensation et d’imagination, facultés qui ne sauraient transmettre quelque chose à l’âme humaine sans l’existence préalable de ce corps composé des éléments. Seulement quand l’âme arrive dans ce corps et qu’elle en dispose par ordre divin et le gouverne, elle est douée des facultés correspondantes, qui lui permettent de réaliser ce que Dieu veut qu’elle réalise par le gouvernement de cette arche, où habite la Paix (as-sakînah) du Seigneur. C’est ainsi que Moïse fut exposé dans son arche au Nil, afin qu’il réalise par ces facultés les domaines respectifs de la connaissance. Dieu lui apprit par là que si l’esprit est bien le roi (de l’organisme humain), il ne le régit cependant que par lui, c’est-à-dire par l’intermédiaire des facultés rattachées à ce réceptacle humain (an-nâsût) dont le symbole est l’arche. De même, Dieu ne régit le monde que par le monde lui-même, ou par sa  » forme  » (qualitative). Il le régit par lui-même, selon la loi qui fait que l’existence du généré dépend de celle du générateur, les finalités de leurs fins, le conditionné de ses conditions, les effets de leurs causes, les conclusions de leurs preuves, et toute chose vraie des vérités qui la définissent. Car tout cela (les uns et les autres de ces termes) fait partie du monde, de sorte que Dieu (coordonnant ces complémentaires) gouverne le monde par le monde.
l’infinité
  • Quant à l’Élevé en Lui-même, II est celui qui possède la perfection (ou l’infinité : al-kamâl) dans laquelle se  » noient  » toutes les réalités existentielles ainsi que toutes les relations non-existantes (en elles-mêmes), en ce sens qu’aucun de ces  » attributs  » ne Lui fait défaut, que l’attribut soit positif, logiquement ou moralement, ou qu’il soit négatif, selon la coutume, la raison ou la morale.
l’oscillation humaine
  • La guidance divine consiste en ce que l’homme soit amené à la perplexité (al-hayrah) (en face de la Réalité suprarationnelle), pour qu’il sache que l’existence est tout entière perplexité (à savoir oscillation entre deux aspects divins apparemment contradictoires); or, la perplexité est instabilité (au sens de non-inertie) et mouvement, et le mouvement est vie, de sorte qu’il n’y a pas d’inertie ni de mort, mais pure existence, sans absence.
la perception de l’imperceptible
  • Si Dieu t’accorde la prière de la langue, Il te fera entendre Sa réponse par l’oreille; et s’il t’accorde la prière de l’esprit, Il te fera entendre Sa réponse par ton ouïe.
une voie
  • C’est ainsi que nous marchons sur la Voie droite (aç-çirât al-mustaqîm) sur laquelle se trouve le Seigneur même, puisqu’il tient notre  » mèche de l’occiput  » dans sa main, de sorte que nous ne pouvons pas être séparés de Lui. Nous sommes donc avec Lui implicitement, et Lui est avec nous souverainement. Car Il dit :  » Dieu est avec vous où que vous soyez  » (Coran, LV11, 3) alors que nous sommes avec Lui parce qu’il saisit notre  » mèche « . En réalité, Il est avec Lui-même partout où II s’en va avec nous par Sa voie, et dans ce sens, il n’y a personne dans le monde qui ne soit pas sur une voie droite qui, elle, n’est autre que la Voie du Seigneur, exalté soit-Il. C’est là ce que Bilqîs apprit de Salomon, et c’est pourquoi elle dit :  » (je me soumets avec Salomon) à Dieu, le maître des mondes « , sans se référer à tel monde en particulier.
la contemplation de la femme
  • Quand l’homme aime la femme, il désire l’union, c’est-à-dire l’union la plus complète qui soit possible dans l’amour; et dans la forme composée d’éléments, il n’existe pas d’union plus intense que celle de l’acte conjugal. De ce fait, la volupté envahit toutes les parties du corps et pour la même raison la loi sacrée prescrit l’ablution totale (du corps après l’acte conjugal), la purification devant être totale, comme l’extinction de l’homme dans la femme avait été totale lors du ravissement par la volupté (de l’union sexuelle). Car Dieu est jaloux de Son serviteur, II ne tolère pas que celui-ci croit jouir d’autre chose que de Lui. Il le purifie donc (par le rite prescrit), afin qu’il se retourne, dans sa vision, vers Celui en qui il s’est éteint en réalité — puisqu’il n’y a pas autre chose que cela.
    Lorsque l’homme contemple Dieu dans la femme, sa contemplation porte sur ce qui est passif; s’il Le contemple en lui-même, en vue de ce que la femme provient de l’homme, il Le contemple en ce qui est actif; et lorsqu’il Le contemple seul, sans la présence d’une forme quelconque issue de lui, sa contemplation correspond à un état de passivité à l’égard de Dieu, sans intermédiaire. Dès lors, sa contemplation de Dieu dans la femme est la plus parfaite, car c’est alors Dieu en tant qu’il est à la fois actif et passif qu’il contemple, tandis que dans la contemplation purement intérieure, il ne Le contemple qu’en mode passif. Aussi le Prophète —sur lui la bénédiction et la paix — dut-il aimer les femmes à cause de la parfaite contemplation de Dieu en elles. On ne saurait jamais contempler Dieu directement en l’absence de tout support (sensible ou spirituel), car Dieu, dans Son Essence absolue, est indépendant des mondes. Or, comme la réalité (divine) est inabordable sous ce rapport (de l’Essence), et qu’il n’y a de contemplation (shahâdah) que dans une substance, la contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfaite; et l’union la plus intense (dans l’ordre sensible, qui sert de support à cette contemplation) est l’acte conjugal.
le sens des Écritures
  • On sait que les Écritures révélées comme loi commune (sharî’ah) s’expriment, en parlant de Dieu, de manière que la majorité des hommes en saisit le sens le plus proche, tandis que l’élite en comprend tous les sens, à savoir toute signification incluse en chaque parole conformément aux règles de la langue employée.
    (Les langues archaïques, telles que l’arabe, comportent une pluralité de sens en une seule expression)
les reflets d’une seule forme
  • La Réalité est Créateur créé (C’est-à-dire le Créateur immanent à la créature); — ou bien, la Réalité est créature créatrice (Dieu ne se manifestant qu’en vue de la créature). Tout cela n’est que l’expression d’une seule essence; — non, c’est à la fois l’essence (al-‘ayn) unique et les essences (al-a’yân) multiples. — Considère donc ce que tu vois!
    (Isaac dit à son père Abraham qui s’apprêtait à le sacrifier 🙂  » Ô mon père, fais ce qui t’a été ordonné « . Or, l’enfant est (symboliquement) l’essence de son générateur. Lorsqu’Abraham vit dans un songe (inspiré) qu’il immolait son fils, il se vit en réalité se sacrifier lui-même. Et quand il racheta son fils par l’immolation du bélier, il vit la réalité qui s’était manifestée sous la forme humaine, se manifester sous l’aspect du bélier. C’est donc ainsi que l’essence du générateur se manifesta sous la forme de l’enfant, ou plus exactement sous le rapport de l’enfant.
     » (C’est Lui qui vous a créés d’une seule âme,) et qui en créa sa compagne…  » (Coran, IV, 1). En d’autres termes, Adam épousa sa propre âme; de lui sont issus et sa compagne et son enfant. C’est ainsi que l’Ordre (divin) est unique dans le multiple.
    Il en va de même de la Nature (at-tabî’ah) et de ce qui en procède. Jamais la Nature ne diminue à cause de ses productions ni n’augmente par leur résorption. Ce qu’elle produit n’est pas autre chose qu’elle-même, bien qu’elle ne soit pas, comme telle, identique à ses productions aux formes variées. Celle-ci, par exemple, est froide et sèche, celle-là chaude et sèche; elles sont donc homogènes par la sécheresse, mais distinctes par une autre qualité. C’est la qualité commune qui est la Nature, — ou plutôt : la détermination primordiale (de toutes ces qualités). Le monde de la Nature consiste en formes (variées se reflétant) dans un miroir unique; — ou mieux : c’est une seule forme (se reflétant) en des miroirs divers.

un monde d’ombres
  • Tu ne connais le monde que dans la mesure où l’on peut connaître les ombres; et tu ignores Dieu dans la mesure où tu ignores la personne dont dépend cette ombre (qu’est le monde).
de la sagesse de l’amour éperdu
  • Ne vois-tu pas que Dieu Se manifeste dans les qualités des êtres éphémères, comme II l’affirme d’ailleurs Lui-même (dans les paroles divines), qu’il Se manifeste même dans les qualités de l’imperfection et dans les qualités blâmables (ou qui sont telles quand on les rapporte à l’homme, comme la jalousie et la colère, par exemple)? D’autre part, la créature se manifeste avec les Qualités divines, s’attribuant celles-ci de la première à la dernière ; elles appartiennent vraiment à la créature ; de même que les qualités des êtres éphémères appartiennent vraiment à Dieu.  » La louange est à Dieu  » : c’est-à-dire qu’en définitive toute gloire, de tout ce qui loue et de tout ce qui est loué, revient à Dieu seul.  » À Dieu retourne toute réalité (amr)  » (Coran, XI, 123) : cette parole comprend aussi bien le blâmable que le louable; et il n’existe que l’un et l’autre.
la primordialité
  • Ne vois-tu pas comme le petit enfant influence l’adulte par le pouvoir attractif qui lui est inné, de sorte que l’adulte dépose sa dignité pour amuser l’enfant, pour le faire rire, et qu’il se met au niveau de l’intelligence enfantine. C’est qu’il obéit inconsciemment au pouvoir de fascination de l’enfant, qui l’oblige ainsi à s’occuper de lui, à le protéger, et à lui procurer ce dont il a besoin, à le consoler aussi, pour qu’il ne sente pas d’angoisse. Tout cela fait partie de l’influence qu’exerce le jeune sur l’adulte; la cause en est la puissance de l’état, car le jeune est plus directement rattaché à son Seigneur, à cause de sa primordialité, tandis que l’adulte en est plus éloigné.
La grande illusion
  • Tu n’es qu’une bulle d’écume dans ce fleuve battu par la tempête; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t’apparaîtra un rêve.
Le soufi est celui qui ne possède pas;
être n’est pas un objet de possession
 
  • J’en atteste Dieu, si nous en étions restés aux seuls arguments rationnels de la philosophie, lesquels, s’ils nous font connaître l’Essence divine, ne le font que d’une manière négative, il est sûr qu’aucune créature n’eût jamais éprouvé d’amour pour Dieu. […]
    La religion positive nous apprend qu’Il est ceci et cela; ce sont des attributs dont les apparences exotériques sont absurdes pour la raison philosophique, et cependant c’est à cause de ces attributs positifs que nous l’aimons. […]
    Il est celui qui dans chaque être aimé se manifeste au regard de chaque amant… de même que nul autre que Lui n’est adoré, car il est impossible d’adorer un être sans se représenter en lui la divinité… Ainsi en va-t-il pour l’amour : un être n’aime en réalité personne d’autre que son créateur. […]
    Et si tu aimes un être pour sa beauté, tu n’aimes nul autre que Dieu, car Il est l’être-beau. Ainsi, sous tous ses aspects, l’objet de l’amour est uniquement Dieu. En outre, comme Dieu se connaît soi-même et que c’est en se connaissant soi-même qu’il a connu le monde, il l’a produit ad extra à son image. Ainsi le monde est-il pour lui un miroir dans lequel il voit sa propre image, et c’est pourquoi Dieu n’aime que soi-même, de sorte que s’il déclare : Dieu vous aimera, en réalité Il est soi-même celui qu’il aime.
  • De l’amour nous sommes issus. Selon l’amour nous sommes faits. C’est vers l’amour que nous tendons. À l’amour nous nous adonnons.
 
Ibn El Arabi