Djalal Ad-Din Rumi

Djalal Ad-Din Rumi

Rûmî est aujourd’hui reconnu comme un des plus grands mystiques de tous les temps. Non seulement son oeuvre immense exprime l’essence même du soufisme, qui atteint avec lui son apogée mais, toute entière consacrée à la  » nostalgie du divin « , à la célébration d’un amour,  » terrestre en apparence « , mais  » qui est en réalité une hypostase de l’amour divin « , elle en acquiert une portée véritablement universelle.

Odes Mystiques de Rûmî, 325

Entre, que je jette à tes pieds

la tunique de mon corps, en cet instant.

Entre, que je t’abandonne

la maison de l’existence, en cet instant !

Appelle l’amour pur, et renonce

à ces jeux dans la poussière.

J’ai une seule vie, et veux la perdre pour toi,

en cet instant.

Bande ton arc comme un dieu :

tu es la flèche de « à la portée de deux arcs ».

Le temps est venu de faire de ma vie

une cible pour toi, en cet instant.

Quand jaillissent les flammes de ce feu,

de l’univers s’élève un gémissement:

Fais-moi grâce, fais-moi grâce,

car je brûle en cet instant.

Le monde est déchiré par la peur,

et l’âme s’envole grâce à l’amour:

Je rends les oiseaux jaloux de mon vol,

en cet instant.

 

« Que dois-je faire, ô croyants. Je ne me connais pas moi-même : je ne suis ni chrétien ni juif ni mazdéen ni musulman, ni d’Orient ni d’Occident, ni de la mer ni de la terre, ni des cieux en rotation ni des mines de la Nature… Ma place est de n’en point avoir, mon signe est de n’en point montrer. Ne possédant ni âme ni corps, j’appartiens à l’Esprit suprême. Bannissant la dualité, je ne vois plus qu’un univers. Lui ! Je le cherche et le connais; je le perçois et je l’appelle. Lui! L’évident et l’invisible. Je ne sais nul autre que Lui, criant :  » Ô Lui ! Ô Lui qui est !  » Le vin de l’amour m’enivre et j’oublie ce bas monde et l’autre. L’extase, le ravissement, voilà tout ce que je désire. Si j’ai pu me passer de Toi, dans le cours de mon existence, un instant, je me repens d’avoir vécu depuis ce temps, depuis cette heure… Mort au minéral, je devins plante; mort au végétal, je pris forme sensible; morts à l’animal, j’assumai forme humaine. De mort en mort, je me suis amoindri; une fois encore, je dois mourir à la nature humaine afin de parcourir les cieux porté par mes ailes angéliques. Du choeur des Anges, il me faut aussi perdre ma place, puisque  » Tout périra à l’exception de Sa Face « . Puissé-je m’anéantir ! Les cordes de la harpe me le disent clairement : tous, nous retournerons à Lui. » (Le « Mâthnawi »)